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La présidence française de l’Union européenne : opportunité idéale de défendre pied à pied le modèle français de laïcité 

  • Photo du rédacteur: maridonneaujustin
    maridonneaujustin
  • 2 déc. 2025
  • 4 min de lecture

Article publié sur le site du Journal Mariane le 27 janvier 2022



Vecteur d’égalité et d’émancipation, fidèle à l’esprit des Lumières, conforme à la volonté exprimée par la Révolution de 1789, la laïcité fait de l’État une puissance publique propriété de tous, sans distinction ni hiérarchie. Elle est le cœur battant du pacte républicain. Loin d’être synonyme d’interdits ou de constituer un archaïsme poussiéreux elle est un principe d’une étonnante et inébranlable modernité. D’abord en mettant fin à toute légitimation du politique par le religieux. Les affaires terrestres, touchant à la vie de la Cité, sont réglées par les Hommes en leur âme et conscience. La règle de droit, fruit de la volonté générale, se substitue au commandement divin. La laïcité est le socle de la souveraineté du peuple émancipé de toute tutelle. Ensuite, en interdisant une quelconque prétention du politique sur le religieux. Les cultes pouvant s’organiser librement, à l’abris de l’ingérence des pouvoirs publics. Celle-ci assure une parfaite égalité de traitement entre tous les citoyens, quelque-soit leur croyance ou incroyance et garantipleinement les libertés de conscience, de culte ainsi que la neutralité de l’Etat. La laïcité constitue donc l’instrument idéal pour assurer l’unité à l’heure de la diversité, des revendications identitaires et communautaires. Offrir à chacun la possibilité de se réaliser selon ses désirs, telle est sa haute mission.  


Pourtant, celle-ci est attaquée, diffamée, menacée, subissant les anathèmes réguliers des pays anglo-saxons, et les attaques quasi guerrières de théologies musulmanes qui ne comprennent que trop bien sa promesse émancipatrice. Face à ces tentatives de déstabilisation, l’Union européenne, puissance économique mais nain politique, peine à faire entendre sa voix. Mutisme, témoin de l’incompréhension de nos alliés à l’égard de notre modèle, faux nez d’un athéisme d’Etat pour les uns, Cheval de Troie du racisme pour les autres. C’est bien là que le bât blesse.  


Loin de venir en soutien à la France, l’Union fait au contraire preuve d’une naïveté déconcertante à ce sujet. La volonté de créer une « plate-forme mondiale d'échanges de l'UE sur la religion et l'inclusion sociale », le financement par la commission européenne d’associations proches de la mouvance islamiste ou encore la réception publique d’une association (le FEMYSO) qui a accusé la France d’islamophobie lorsqu’Emmanuel Macron a confirmé que nous continuerons de montrer les caricatures du prophète suite à la décapitation du professeur Samuel Paty, ne sont que quelques exemples de ses nombreux égarements. 


Dès lors, de guerre lasse, doit-on s’obstiner à défendre et conserver un modèle que seule la France semble comprendre 


Assurément. Ce n’est pas la première fois que la France occupe cette place si singulière dans le concert des nations. Sa voix l’était déjà au XVIIIème siècle lorsque la pensée des lumières fut fustigée par nos voisins européens. Aujourd’hui, la démocratie a conquis l’ensemble des pays d’Europe occidentale et les droits de l’Homme sont consacrés tant au niveau européen qu’international. Preuve que sa grandeur s’exprime non seulement par sa puissance économique et militaire mais bien davantage par l’éclat de ses idées ?  


Alors, à l’heure où la présidence française de l’Union européenne débute, le moment semble opportun d’avoir à nouveau de l’ambition pour ses valeurs et défendre pied à pied le modèle français de laïcité. N’ayons pas pour dessein de l’exporter mais de le faire comprendre et d’exhorter nos alliés à faire bloc à nos côtés lorsque la France se retrouve diabolisée pour ce qu’elle est (ou ce qu’elle n’est pas). Rappelons que si elle est le seul Etat membre de l’Union à avoir inscrit la laïcité au frontispice de sa Constitution, elle n’est le seul pays laïc. Simplement, elle demeure un modèle original dans la mesure où les autres Etats membres n’ont pas instauré de manière aussi stricte la séparation des Eglises et de l’Etat. Les pays nordiques tendent d’ailleurs vers cette organisation, à l’instar du royaume de Suède qui a adopté en 2000 un régime de laïcité en retirant à l’Eglise évangélique luthérienne son statut de religion d’Etat. 


Le président de la République, au sein de son programme pour la présidence française du Conseil de l’Union européenne, a affirmé sa volonté d’initier en France un travail visant à forger une histoire et une historiographie de l’Europe. Cette initiative apparait comme l’occasion idoine de faire œuvre de pédagogie et de rappeler que le sécularisme et la laïcité font partie intégrante de l’histoire du Vieux Continent. L’appel lancé par la députée européenne Ilana Cicurel à l’organisation d’un « événement européen de réflexion sur les questions de laïcité et de liberté religieuse au niveau de l'Union » porte la même ambition. 


A une époque où un regain de foi basé sur des considérations identitaires gagne les jeunes générations de tous pays et où certains Etats membres entament un processus de désécularisation, comme le démontre le durcissement des conditions de recours à l’avortement en Pologne pour des raisons religieuses et conservatrices, défendre notre modèle laïque au plus haut niveau doit être une priorité absolue. La sortie de l’Union européenne d’un Royaume-Uni, porteur d’un modèle communautariste, apparaît comme une chance pour concrétiser ce projet.  


Ainsi, le pays des Lumières a donc encore quelque chose à faire valoir : que la laïcité constitue les fondations d’un rempart érigé contre l’obscurantisme, qu’elle demeure un projet de liberté, d’égalité et de concorde et que celui-ci a toute sa place au sein du projet européen. « In varietate concordia ».

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